Menu

Fil de navigation

Recherche

YOHANN HAUTBOIS pour L'Équipe

 

Interview

Un entretien avec Yannick Cahuzac, c’est vraiment les yeux dans les yeux. Avec son regard bleu azur, très loin de l’image de guerrier qu’il a alimentée sur les terrains depuis plus de dix ans, il explique calmement, d’une voix douce, son statut de cadre, de taulier ou de leader, il ne sait pas trop. Il préfère parler d’« exemple », rôle qu’il n’a pu jouer sur la première partie de saison à Toulouse, cantonné au banc de touche. De retour dans le onze de départ, c’est sur le terrain que le Corse s’exprime le mieux, avec beaucoup plus de sérénité que par le passé. Depuis janvier, il n’a pris qu’un avertissement, probablement le fruit d’un long travail effectué avec une psychologue il y a quelques années.

« À Bastia, après une défaite, vous partiez en montagne avec votre chien pour évacuer la frustration. Et à Toulouse ? (Il sourit.)

Je me concentre sur ma famille, mes enfants, et on va s’aérer l’esprit autour d’un lac près de chez moi. J’essaie de penser à autre chose qu’au football, de sortir des moments difficiles.

Et ils ont été nombreux cette saison…

Oui, oui, c’est une saison compliquée avec un match très important contre Lille qu’on doit bien négocier. Celui qui ne le sait pas est un fou. Mais je suis intimement convaincu qu’on va réussir. Peut-être qu’on manque d’expérience. Dans les moments où l’on mène au score, on doit apprendre à perdre du temps, à être un peu plus tricheurs. Cette équipe est composée de super mecs, elle manque de vice. Sur le terrain, il faut être un peu moins super mec. (Sourire.)

Avez-vous un rôle à jouer dans ce cadre ?

Je suis le plus vieux de l’équipe, j’essaie d’apporter mon expérience, mon vécu mais je n’ai rien à leur apprendre. On communique, on échange et eux aussi m’apportent beaucoup car ils ont beaucoup de fougue, d’enthousiasme, cela me fait du bien.

L’été dernier, Pascal Dupraz, parti depuis, vous avait recruté pour encadrer cette équipe mais ne vous a pas fait jouer. Il cherchait un leader de vestiaire alors que vous êtes un leader de terrain.

Le coach Dupraz est le mieux placé pour dire s’il était content de mon implication. Je ne sais pas trop si je suis un leader. (Sourire.) Je ne le cherche pas forcément. Je ne prends pas forcément la parole, je n’aime pas parler dans le vestiaire au contraire du terrain, où je me sens à l’aise, où j’aime communiquer, haranguer. Ce qui m’importe le plus, c’est d'être performant. Je vivrais comme un échec personnel de ne pas maintenir le club. Car c’est quoi un taulier ? Un ancien qui parle et qui est moyen sur le terrain ? Non, un taulier doit être performant. S’il n’apporte rien à l’équipe et qu’il n’a que l’expérience, il va jouer en vétéran.

Mais qu’attendait le groupe de vous ?

Au début, les joueurs étaient tous un peu choqués car après m’avoir affronté sur le terrain puis découvert en dehors, ils m’ont dit que j’avais une double personnalité, que je n’étais pas la même personne. Ils ont été un peu surpris et ils m’ont dit qu’ils préféraient m’avoir dans leur équipe plutôt qu’en face. (Sourire.)

Comment expliquez-vous cette “double personnalité” ?

Oui, enfin, double personnalité, ça fait un peu malade. (Rire.)Je veux toujours gagner, je me transcende, je suis à fond tout le temps, en match, à l’entraînement, lors des petits jeux, aux cartes. Même quand j’étais petit, j’étais mauvais perdant, c’est mon caractère. Quand cela ne va pas, quand je n’arrive pas à faire trois passes, que l’équipe n’y arrive pas… Avec l’âge, le recul, je me rends compte que je surjouais quand je voyais que mon équipe manquait d’agressivité. Je ne pouvais pas le compenser à moi seul, c’était impossible, cela me pénalisait et, au final, je pénalisais mon équipe. J’ai grandi à ce niveau-là, tout n’est pas parfait car parfois je perds le fil du match en me prenant la tête avec l’arbitre ou un joueur mais j’ai progressé. Je m’éparpille moins sur le terrain, je conteste moins.

N’est-ce pas plus compliqué d’être un leader quand on pète les plombs ?

Forcément. C’est bien beau de demander l’exemplarité au quotidien et le week-end mais si tu lâches tes coéquipiers pour une connerie, tu n’es pas crédible : “Cahu nous demande d’être irréprochables mais au moindre truc, il pète un câble et nous laisse à dix.”C’était dur à vivre, c’est pour ça que j’essaie de progresser. Et pour cela, vous avez vu une psychologue il y a quelques années… Oui, après un échange avec un coach (Frédéric Hantz à Bastia). J’avais envie d’aider mon équipe et de m’aider moimême. Travailler sur ses défauts, solliciter une personne qui peut te donner des outils, c’est une preuve d’intelligence. Cela m’a fait du bien de chercher à comprendre ce qui me faisait dégoupiller.

Voir un psychologue, c’est un sujet tabou dans le sport. Le conseilleriez-vous à d’autres joueurs ?

C’est tabou parce qu’on lie les psychologues aux fous alors que pas du tout. Chacun a des problèmes dans sa vie privée ou professionnelle et ces personnes peuvent te donner des clés. Au début, c’était sur la famille, la Corse, mon grand-père (Pierre, entraîneur iconique de Bastia), la pression du nom, patati… Les premières séances étaient là-dessus mais pour moi, ce n’était pas du tout ça et on a rapidement basculé sur autre chose, cela m’a convaincu de continuer. Elle m’a amené vers une façon intéressante d’appréhender les matches. L’idée était de relativiser car je prenais les choses trop à cœur. J’avais tellement envie qu’on y arrive que cela me retournait les tripes, je ne parlais plus à ma femme quand je rentrais à la maison. Il y a un risque que vous deveniez un “bisounours”… (Il rit.) Non, ça, cela n’arrivera pas ! Il ne faut pas non plus que je relativise trop car cela fait partie de ma nature, je dois trouver un juste milieu. »

 

EN BREF

33 ANS 1,78 m ; 70 kg. Milieu de terrain. Club : Toulouse.

◼︎ 2012 : le 11 août, il débute en L 1 avec Bastia par une victoire à Sochaux (3-2). Auparavant, il avait vécu deux montées successives (National-L 2 puis L 2-L 1) avec le club corse. Il a disputé 148 matches de L 1, dont vingt avec Toulouse.

1 LE NOMBRE DE CARTON, un avertissement, qu’il a reçu en 2018. Depuis ses débuts en L 2 en 2006, il cumule cent onze cartons jaunes et quinze cartons rouges, toutes compétitions confondues

 

2018 / 2019

CALENDRIER

2017/2018

CLASSEMENT

Suivez l'actualité du TFC

ACTUALITE

2018/2019

EFFECTIF

2018/2019

TRANSFERTS

2017/2018

STATISTIQUES