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YOHANN HAUTBOIS pour L'Equipe

 

Footballeur

Malgré ses efforts, l’attaquant montpelliérain, interpellé par la police la semaine dernière, peine à solder son passé, ses blessures, préjudiciables à sa carrière.

De lui, on sait tout ou presque, la larme tatouée sous l’œil, les galères, les « grosses conneries », le parcours, l’explosion à Tours, les exils ratés à Wigan et au Mexique. Il s’est assis dix fois sur le divan médiatique, dix fois pour raconter sa vie de gamin cabossé, dix fois, aussi, à promettre que les dérapages, promis, c’est fini. D’Andy Delort, on croit tout connaître, on ne sait rien, en fait, seulement ce qu’il a bien voulu raconter, l’écume de son histoire personnelle. Ceux qui le côtoient depuis ses débuts professionnels en 2008, à Nîmes, ne sont pas d’un plus grand secours. Rémy Vercoutre, son ancien coéquipier à Caen, nous a d’ailleurs mis au « défi de trouver quelqu’un qui en dira du mal ».

À Toulouse, peut-être, qui l’a prêté à Montpellier cet été ? Alain Casanova, qui l’a eu sous ses ordres un mois, pendant la préparation, n’en pense que du bien, même si, dès le premier jour, le joueur lui a annoncé qu’il ne voulait pas rester au TFC : « Chez nous, il a été top pendant un mois, confie le technicien. Il s’est entraîné comme une bête, il était très apprécié dans le groupe. » Même analyse du côté du milieu toulousain Yann Bodiger, qui le connaît depuis longtemps, tous les deux étant sétois : « C’est un vrai bon gars, gentil, qui aime les gens, la vie. Tu lui donnes, il te le rend fois deux. » Alaeddine Yahia, le confident de Caen, est encore plus clair : « J’aime le bonhomme, le mec. » Du côté de Patrice Garande, l’ancien entraîneur normand avec qui les relations ont joué les montagnes russes ? « C’est un garçon qu’on a envie d’aider, très attachant. Et un gros travailleur. »

Un CV de gendre idéal, immaculé, donc, et pourtant, depuis son départ de Caen en 2016, on a perdu sa trace et, lui, le fil de sa carrière, entre mauvais choix de club (Tigres au Mexique) et style de vie, presque à l’ancienne, que l’exigence du haut niveau ne pardonne plus. La semaine dernière, il a été interpellé par la police, sur les routes de l’Hérault, vers quatre heures du matin. L’attaquant était sobre, pas son ami qui était au volant. Ensuite, les versions divergent mais peu importe, « c’est le nom d’Andy dont on parle, regrette Vercoutre. Il faut arrêter d’être faux-cul, beaucoup sortent, lui se fait prendre parce qu’il est nature, ne se cache pas. Hugo (Lloris) s’est fait attraper (*) mais on lui a trouvé des circonstances atténuantes, pas Andy. »

 

“Il n’a pas eu une enfance facile, ce qui est peut-être à l’origine de son mal-être"

Aussi parce que ce n’est pas la première fois pour l’ancien Tourangeau : en février, il a été pris par la patrouille toulousaine avec, au volant cette fois, 2 grammes dans le sang. Un dérapage intervenu quelques jours après le départ précipité de Pascal Dupraz (qui n’a pas souhaité s’exprimer), qui était à l’origine de son transfert à Toulouse en janvier 2017. Départ qu’il vit alors particulièrement mal et que cette nuit-là, après une vive discussion avec le président Olivier Sadran, il aurait noyé dans l’alcool. « Un coup de cafard », selon un proche, alors que Bodiger confirme qu’« Andy est beaucoup dans l’affect ».

Une fragilité, une émotivité liées à son enfance marquée par la séparation de ses parents, quand il avait six ans, un quotidien géré par son seul père et avec lequel il cultive une relation fusionnelle, alors qu’il ne parle jamais de sa mère dans les interviews. Dans les discussions avec ses proches, on comprend, aussi, que d’autres événements, plus graves, l’ont marqué beaucoup plus que le divorce, et là encore, ses amis, ses proches érigent une digue quand vient sur la table le sujet, comme pour le protéger. Son père, Éric, a refusé de s’exprimer. Vercoutre, Garande et Alaeddine Yahia, tous ont eu de longues discussions avec lui, tous gardent férocement le secret, même en off. « On a beaucoup parlé de la vie, confirme Garande. On sent qu’il a été marqué par son enfance. » Yahia, lui, consent juste à préciser qu’il n’a pas « eu une enfance facile, ce qui est peut-être à l’origine de son mal-être. Alors il s’est réfugié dans le travail. »

Cela ne suffit pas à structurer un garçon qui, de son propre aveu, digéra mal d’être passé « d’une Citroën AX au Porsche Cayenne » et qui, plus tard, aurait souffert d’un autre drame personnel à l’aune de sa vie d’homme. À un moment, cela fait beaucoup, trop, et « il n’a pas encore évacué, ni digéré » (Garande). À Toulouse, il a essayé après son écart nocturne, consultant une psy mais, au cours des quelques séances, il évoqua plus son avenir et ses doutes que son passé. « On le voit costaud sur le terrain mais il cogite beaucoup », confirme Yahia, son grand frère à Caen.

« Un anxieux » capable de s’endormir tôt puis de se réveiller en pleine nuit avec mille questions au compteur, de se demander ce qu’il fera sa carrière finie, lui qui arrêta l’école à seize ans pour travailler à l’intendance du FC Sète ou filer un coup de main aux forains, alors qu’il n’a aucune attache familiale avec les gens du voyage, juste la passion du flamenco et, probablement, le côté grégaire. « Il a besoin de ça, d’être choyé, d’être entouré », analyse son entraîneur à Caen, rejoint par Vercoutre : «Andy marche aux sentiments. Ça le fait avancer. »

 

“Quand il est en situation d’échec, très vite la solution est de partir"

Pas toujours dans le bon sens, victime de sa générosité et de sa fidélité à des amis d’enfance, « détachés des choses du foot et qui ne comprennent pas qu’Andy ne peut pas se coucher à 6 heures et se lever à 13 heures », soupire un proche. Son retour sur ses terres héraultaises, la proximité avec les copains de la presqu’île de Thau, cet été, n’a d’ailleurs pas manqué d’inquiéter Yahia : «Je lui ai dit de faire attention ».

Au Mexique, à Wigan ou à Caen, il a toujours eu le même entourage, que Vercoutre refuse de stigmatiser : « Avec ma compagne, on a passé des moments avec eux, ils sont adorables. Ce sont juste des fêtards. Andy compose avec tout ça. » Et malgré des mollets de golgoth, la charge demeure trop lourde pour cet écorché vif, émotif, une sorte de gosse « auquel on s’attache très vite », selon Garande.

Lui se détache, très vite, se lasse puis se braque, se rappelle le technicien normand : « Quand il est en situation d’échec, très vite la solution est de partir ». Pour un autre club ou en sucette, ce qui effraie son ami Yahia « parce qu’on va lui coller une étiquette vis-à-vis de ses sorties et de son instabilité. Alors qu’il a un tel potentiel… » Vercoutre veut y croire, encore : « Quand un entraîneur arrive à le toucher au cœur, il lui donne sa vie. À Montpellier, ils vont lui taper sur les doigts mais avoir aussi une approche paternaliste. » Exactement ce qu’il faut à Andy Delort, « un hypersensible qui le montre un peu trop », regrette presque un proche. Alors que, de sa larme tatouée, on ne sait en réalité rien.

 

(*) Dans la nuit du 23 au 24 août, le gardien des Bleus et de Tottenham a fait l’objet à Londres d’un contrôle d’alcoolémie positif. Arrêté et maintenu en détention pendant sept heures, il sera jugé le 11 septembre.

 

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