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Arnaud Tulipier pour France Football

 

Ligue1

Relégué sur le banc sans sommation, le gardien du TFC est « tombé de haut » fin janvier à l’arrivée de Lovre Kalinic. Redevenu titulaire à la suite de la blessure de son remplaçant, il revient sur ce qu’il a pris pour une « trahison ».

 

« D’ordinaire, les joueurs rechignent à parler lorsqu’ils perdent leur place. Pourquoi avoir accepté ?

D’abord, j’ai préféré prendre le temps de la réflexion, je voulais privilégier l’intérêt du club dans une situation qui n’est vraiment pas évidente (NDLR : 19 défaites en 26 journées). À chaud, on ne réagit pas toujours de la meilleure des manières. Je voulais que la tension redescende avant de pouvoir m’exprimer. Mais c’était important pour moi de le faire parce que des choses ont été dites, des vraies et des fausses, et je voulais rectifier un peu tout ça. L’idée, ce n’est pas de remettre de l’huile sur le feu, c’est d’éclaircir les choses parce que j’ai entendu tout et son contraire sur moi. Ça me pesait, je voulais que ça sorte.

Justement, à chaud, lorsque le club a annoncé l’arrivée de Lovre Kalinic, comment avez-vous réagi ?

Je suis tombé de haut. Surtout qu’une semaine avant, le coach (Denis Zanko) m’avait nommé capitaine. Il louait mon professionnalisme, mon état d’esprit, mon envie de tout donner pour sauver le club. Alors, quand j’ai appris qu’un nouveau gardien arrivait, ç’a été brutal. Je ne m’y attendais pas du tout. J’ai pris ça comme une sorte de trahison, comme si on me plantait un couteau dans le dos... Ç’a été dur à encaisser. J’ai vraiment été touché.

Comment l’avez-vous appris ?

Le dimanche, au réveil, au lendemain d’un match amical à Pau. Un collègue m’avait envoyé l’article d’un site d’infos sur le TFC. Au début, j’ai eu du mal à réaliser, je ne savais pas si c’était vrai ou faux...

Vous avez cru à une blague ?

Non, parce que c’est un site qui sort beaucoup de trucs sur le TFC. Tout de suite, j’y ai cru. Mais comme je n’avais pas eu de nouvelles du club, je me suis dit que j’allais leur laisser le bénéfice du doute. Que ce n’était peut-être que des rumeurs. Mais le lundi, l’arrivée de Lovre était officialisée.

À vous entendre, le principal problème, c’est de l’avoir appris par la bande.

C’est ce qui fait que je me suis senti trahi. C’est plus le fait qu’on ne m’ait pas parlé avant qui m’a blessé. En soi, le fait de me mettre en concurrence, de prendre un nouveau gardien parce qu’on est dans une situation compliquée, je peux le concevoir. Il n’y a pas de souci. Mais la façon dont ç’a été fait, c’est ça qui m’a vraiment déçu de la part des dirigeants. C’est plus la forme que le fond, en réalité. J’ai toujours été honnête avec le club, ç’aurait été honnête de leur part de m’avertir, de venir me voir pour me dire : “Écoute Baptiste, on va prendre un nouveau gardien parce que les résultats ne suivent pas, on pense que le problème doit venir de là, on a envie de créer un électrochoc dans l’équipe, donc c’est toi qui trinques.”

Vous l’auriez accepté ? Vraiment ?

Ça m’aurait embêté. (Un temps.) Oui, ça m’aurait fait chier, mais sur le fond, c’était une meilleure solution.

Sur le fond justement, est-ce que le principal problème du TFC, c’était vraiment le poste de gardien ? Quand on regarde les notes de FF, vous êtes le seul Toulousain avec une moyenne supérieure à 5/10.

J’ai reçu énormément de messages de supporters, de joueurs d’autres clubs qui me disent que eux non plus n’ont pas compris ce qui m’est arrivé. On en parle, ils veulent savoir le pourquoi du comment. Ç’a surpris beaucoup de monde, et ça n’a fait que m’interroger encore plus sur cette décision.

Finalement, qui vous a signifié officiellement votre remplacement ?

Le lundi soir, le coach m’a laissé un message pour me dire de venir plus tôt à l’entraînement. J’ai compris que c’était pour m’annoncer que je passais numéro 2. La nuit qui a suivi a été courte. J’ai beaucoup gambergé, je n’arrivais pas trop à m’en remettre. Le lendemain, on a convenu que je ne pouvais pas m’entraîner après cette nuit très dure, j’avais encore la tête à l’envers. Plutôt que d’avoir une influence négative sur les mecs qui allaient arriver à l’entraînement, c’était mieux que je rentre chez moi pour le bien de l’équipe. Je savais que le lendemain, j’allais revenir le couteau entre les dents. Mais j’ai eu un peu de mal à digérer, c’est pour cela que je n’étais pas du déplacement à Lyon (3-0) en fin de semaine. Il fallait que j’avale la pilule. Le coach l’a bien compris. En aucun cas je n’ai refusé d’aller à Lyon, c’est une décision qu’on a prise ensemble. Ça m’a fait du bien de couper. Le surlendemain, je suis allé le voir de moi-même, et je lui ai dit que j’allais tout faire pour reprendre ma place.

Lorsque l’arrivée de Kalinic a été officialisée, et que le coach vous a annoncé que vous passiez doublure, qu’avez-vous pensé, honnêtement ?

J’étais dégoûté. Blessé. Comme je l’ai dit, je me sentais trahi.

Par qui ? Les dirigeants ? Le coach ?

Le coach, je lui ai dit dès le départ que je ne lui en voulais pas. Qu’il n’y avait pas de problème.

Pourquoi ? Parce qu’il n’y est pour rien, d’après vous ?

J’ai du mal à croire que ça vienne de lui directement, sachant que deux semaines avant, il me disait qu’il comptait énormément sur moi. Et là, il me dit que c’est une décision collégiale.

Comment peut-il valider cette décision, alors qu’il vous a mis capitaine juste avant ?

Surtout qu’au moment de me donner le brassard, en l’absence de Max Gradel, il avait eu des mots vraiment positifs. Qu’il me mettait capitaine pour ce que je faisais sur le terrain depuis le début de saison, pour mon exemplarité. Mes valeurs. Et que mes performances parlaient pour moi.

Il a subitement changé d’avis ou il a été forcé de se montrer solidaire avec une décision qui ne lui appartient pas ?

(Il sourit.) Je pense à la seconde possibilité. On lui a imposé un autre gardien.

C’est qui “on” ?

Les personnes qui sont au-dessus du coach. Ce sont elles qui ont décidé de l’arrivée d’un nouveau gardien. Après, on m’a aussi expliqué en gros que c’était pour provoquer un électrochoc dans l’équipe car j’étais capitaine, apprécié. Peut-être que les décideurs ont pensé que... (Il cherche ses mots.) Pas en me faisant porter le chapeau, mais...

Mais un peu quand même...

Ouais. Ils ont voulu montrer que personne n’est intouchable. Ils ont voulu faire un exemple.

En clair, si on peut s’en prendre à Baptiste Reynet, on peut s’en prendre à tout le monde.

C’est comme cela qu’on me l’a présenté, en tout cas.

Vous n’avez pas vraiment répondu à la question : c’est qui, on ? Le président Sadran ? C’est lui qui prend les grandes décisions, en général, à Toulouse.

Je n’ai pas la réponse. Je ne peux pas savoir, je ne suis pas dans les bureaux. Personne n’est venu me voir en me disant : “C’est moi qui ai décidé ça.” On m’a toujours tenu le discours que c’était une décision collégiale.

Vos coéquipiers, ils en disent quoi ?

J’ai reçu énormément de soutien de leur part. Eux non plus n’ont pas trop compris ce qui s’était passé, ils m’ont envoyé tout de suite des messages. Et quand je suis revenu à l’entraînement, ils m’ont montré qu’ils étaient là, qu’ils ne comprenaient pas et qu’ils me soutenaient.

Malgré tout, avez-vous eu la tentation de tout envoyer balader, sincèrement ?

Sur le coup, c’est vrai qu’au moment où tu apprends ce genre de choses, plusieurs pensées te viennent en tête. C’est aussi pour ça que j’avais refusé d’en parler jusqu’à aujourd’hui. Je voulais avoir l’esprit clair avant de m’exprimer. Au début, j’étais perdu. Je me disais : “Ce n’est pas possible, j’ai été pris pour un con.” J’avais la rage. Et quand on a la rage, on n’est plus vraiment lucide. Il m’a fallu deux-trois jours pour mettre tout cela de côté.

Mettre de côté, cela veut dire qu’on n’oublie pas...

Non, je n’oublie pas. Encore maintenant, je repense à ce dimanche où je me réveille et où j’apprends ça presque par hasard.

Avez-vous pensé partir lors du mercato d’hiver ?

Il n’y avait pas d’intérêt à partir à la va-vite. C’est un choix que j’aurais pu regretter. C’est dans ces moments-là où mes conseillers et mon père ont été utiles, j’ai pu compter sur eux.

Et à la fin de la saison ?

Si on me laisse jouer, je donnerai tout pour mon équipe, comme toujours. Mais, si on m’empêche de jouer, je serai bien obligé d’en tirer les conséquences. Si je suis amené à rester sur le banc, bien sûr que j’envisagerai mon avenir ailleurs. Ce métier, je le fais pour être sur le terrain. Je suis un compétiteur. J’ai besoin de ça pour exister. J’aime tellement ce sport que ça me frustre d’être sur le banc.

Vous en voulez à quelqu’un en particulier dans cette affaire ?

Je n’ai pas envie d’en arriver là. C’est une histoire que j’ai envie de laisser derrière moi. En vérité, je n’en veux ni à tout le monde ni à personne en particulier. Pendant quelques jours, ç’a été difficile, mais maintenant, je me suis remis dans le projet pour les supporters et mes coéquipiers.

Vous ne citez pas les dirigeants.

Les supporters m’ont apporté beaucoup de soutien, j’en profite pour les en remercier, d’ailleurs. La banderole qu’ils ont écrite pour moi contre Strasbourg (“Baptiste, on est avec toi !”), ça m’a beaucoup touché. Et j’ai aussi senti mes coéquipiers derrière moi. Ce sont vraiment les deux entités qui m’ont aidé, alors que je n’ai eu aucune discussion avec le président ou les dirigeants du domaine sportif.

Beaucoup de choses ont circulé à votre sujet sur les réseaux sociaux, football et hors football, notamment un problème à une épaule qui nécessiterait une intervention...

(Il coupe.) Je tiens à rassurer tout le monde, je vais très bien ! J’ai eu une gêne à l’épaule, c’est vrai, mais c’était la saison dernière. Il n’a jamais été question que je me fasse opérer. Tout ça, c’était des rumeurs. Des ragots. Quand je pense à tout ce que je fais en dehors des entraînements pour être performant, ça fait mal au cœur d’entendre ce genre de trucs !

C’est-à-dire ?

Je me donne vraiment les moyens de réussir. Je fais beaucoup de travail en plus. Quatre fois par semaine, je reviens faire de la muscu, du travail en salle tout seul, je me paye des séances de préparation mentale et cognitive...

D’où venaient ces ragots, d’après vous ?

Je n’en sais rien. C’est toujours comme ça quand il vous arrive un coup dur. La seule chose que je sais, c’est que sincèrement, je ne mérite pas cet acharnement. D’ailleurs, j’invite tous ceux qui balancent sur moi à venir faire du gainage ou de la muscu avec moi en dehors des entraînements l’après-midi. Ils verront qu’ils racontent n’importe quoi...

Comment ça se passe avec Lovre Kalinic ?

Sincèrement, super bien. On s’entend très bien. C’est vraiment un bon gars. Il n’est pour rien dans tout cela.

En football, tout va très vite. À Marseille, vous avez dû rentrer après la blessure de celui qui vous a pris votre place. Que s’est-il passé dans votre tête quand il est resté au sol au Vélodrome ?

Je n’ai pas eu le temps de réfléchir. J’ai vu tout de suite qu’il faisait signe qu’il allait sortir. Je me suis levé du banc pour aller m’échauffer sans consulter personne. J’étais prêt mentalement à le suppléer car je m’étais préparé comme si j’allais jouer.

On est comment sur le premier ballon ?

On a peur de mal faire ?

C’était un long dégagement qui est bien parti dans la course de l’attaquant. Ça m’a confirmé que j’étais bien dans mon match.

Jusqu’à cette frappe d’extraterrestre de Dimitri Payet... Dans votre situation, quand on prend un but pareil, on se dit qu’on est maudit ?

Je ne me suis pas dit ça. On faisait un bon match, tout était encore possible. Il restait du temps pour aller chercher quelque chose. Il ne fallait pas flancher mentalement.

Après le match à Marseille, qu’avez-vous pensé ? Que la chance venait de tourner ?

Pas la chance. Je ne veux pas souhaiter du malheur aux autres. Au fond, je me prépare pour jouer tous les matches qu’il reste jusqu’à la fin de la saison. Quand Lovre reviendra, on verra s’il reprend la place, mais quoi qu’il arrive, j’ai la tête dans le guidon et je suis prêt à enchaîner*.

Vous semblez avoir vite relativisé.

Ma carrière a commencé comme ça (il avait remplacé Jean-Daniel Padovani à Dijon dès la 2 e journée de la saison 2010-11), je suis bien placé pour savoir que dans le foot, tout va très vite, dans un sens comme dans l’autre. Et cette histoire me l’a encore prouvé. En trois semaines, j’ai tout vécu : capitaine, relégué sur le banc, je rentre au Vélodrome et je retrouve ma place !

Est-ce que le fait de ne pas avoir une carrière linéaire vous a aidé dans ces moments difficiles ?

Oui, parce que j’ai connu la vie active, entre guillemets. Avant d’aller à Martigues, je travaillais l’été pour me faire de l’argent, je n’étais pas forcément prédestiné à être footballeur pro. Je sais ce que c’est que la vie, il y a des hauts et des bas. Et je sais d’où je viens. J’ai eu des épisodes qui m’ont appris tout ça, mes débuts rapides à Dijon, un passage difficile à Lorient, un retour à Dijon avec deux maintiens et une nomination aux trophées UNFP... Il y a eu beaucoup de rebondissements dans ma carrière, c’est un épisode de plus qui va me servir et me faire grandir.

Vous croyez vraiment qu’il y a quelque chose de positif à tirer de cette histoire ?

C’est l’objectif. Je pars toujours du principe que, dans la vie, quand quelque chose de négatif vous arrive, ça vous rend plus fort. Là, c’est encore une étape dans ma carrière qui, je l’espère, va me permettre de grandir et me donner l’envie de tout défoncer.

Je sais que dans ma tête, j’ai toujours été fort et que je rebondis toujours. Cette affaire m’a donné un coup de boost mentalement.

Quand ça t’arrive, tu prends une claque, mais après, soit tu es un compétiteur et tu arrives à reprendre ta place, soit t’es un loser et tu te laisses porter par les événements. Et ça, ça ne me correspond pas. »

 

* L’entretien a été réalisé quelques jours avant la blessure de Baptiste Reynet à l’aponévrose, qui devrait lui faire manquer encore plusieurs jours.

 

 

 

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