Patrick Louis, Philippe Lauga pour La Dépêche du Midi

 

Ligue1

Si le poète, même populaire, a toujours raison, croyons-le ! "Rouge comme le cœur du volcan qui va se réveiller". Nous n’en demandons pas plus et acceptons déjà les beaux dégâts que l’irruption pourrait provoquer. Mais l’insistance avec laquelle cette couleur accompagne les destinées du club, les teintant époque après époque, devient troublante.

 

Rouge donc, comme les ailes de Red Bird Capital Partners venu soulager Olivier Sadran et lui racheter un "jouet" devenu encombrant, sans ressort ni avenir. Rouge, encore, l’Etoile de Saint-Ouen (Red Star) qui devait absorber, en 1967, à la demande de Jean-Baptiste Doumeng (milliardaire de quelle couleur déjà ?), le vieux Toulouse Football Club usé. Rouges aussi, les rayures déposées sur l’or de la renaissance en 1970, sous le nom d’UST. Rouge enfin comme la zone, appelons la "alizarine" par élégance et pour ne fâcher personne, dans laquelle tout le monde s’est installé au fil de saisons ratées et de promesses non tenues. Que les ultraviolets nous pardonnent, au pays du "rouge et noir" roi, c’est peut-être simplement naturel…

L’heure n’est plus aux querelles, ni même aux questions. Rejoignons les partisans de la "descente nécessaire" et courons avec eux vers la suite. Souvenons-nous de ces temps, anciens déjà où les vieux Prunier et Revault encadraient les Pitchouns pour une des épopées les plus exaltantes du ballon rond sur les bords de Garonne. Remonter, même de très bas est toujours excitant. De nombreux supporters d’aujourd’hui se sont forgé leur éducation sportive et sentimentale, ont dégusté leurs premières madeleines sur les étagères du sous-sol. Ils n’en gardent que des souvenirs délicieux.

Bien sûr, ce n’est pas une raison pour signer un bail à long terme avec cette Ligue 2 et ses sables mouvants si gourmands de crampons prestigieux. Les malheureux habitués de l’élite n’en reviennent parfois jamais.

Les Toulousains, eux, n’ont pas vocation à s’y laisser oublier. Ici, contrairement aux idées reçues au nord de la Loire (et même de la Dordogne !), tout le monde n’a pas un cerveau ovale. Sans remonter aux triomphes des fantômes de Beto ou de Stopyra, aux rêves bonhommes, un poil exagérés mais si sincères de Marcel Delsol, il faut rappeler l’intérêt immense de la population (c’est vrai pour toute la région) pour l’art du hors-jeu, le dribble chaloupé et la tête décroisée.

Une page, une des plus longues de l’histoire du Tef, vient de se tourner au bout d’une saison inachevée dont l’issue, corona ou pas, semblait déjà écrite. Comme à l’instant de découvrir une nouvelle table, un appartement neuf ou même l’amour d’une vie réveillée dans un décor inconnu, on se sent frétiller d’une puérile impatience. Et si cette passation de pouvoir, c’était vraiment l’Amérique ? Ça commence par un peu de chagrin mais bon…

 

Le début d’une nouvelle ère

Après le rachat du TFC à hauteur de 85 % par le groupe américain RedBird Capital Partners, Olivier Sadran a, hier, passé le relais au nouveau président Damien Comolli. Une longue page (presque 20 ans) de l’histoire du club se tourne.

Il est arrivé un quart d’heure avant le début de la conférence de presse. Vêtu de sa traditionnelle chemise blanche. Sac à dos sur l’épaule. Un indice. L’homme était prêt à partir. Il s’est arrêté à la première table de l’espace affaires du Stadium. Quelques mots échangés avec Damien Comolli. Puis il a traversé la salle – distillant quelques sourires au passage – pour partager un café avec le nouveau président. À l’heure de prendre place face aux journalistes, il était déjà parti. C’est Damien Comolli qui était clairement aux commandes. L’histoire a donc pris fin presque 20 ans plus tard. Olivier Sadran n’a pas souhaité regarder trop longtemps dans le rétro. Pour ne pas verser dans le genre mélodramatique ? Son histoire avec le TFC ressemble en tout cas clairement à une histoire d’amour de 20 ans quand il la détaille ainsi : "Depuis 2001, il y a trois périodes. La première, celle de la passion, de l’amour fou d’un club qui était au tribunal de commerce et se retrouvait aux Sept-Deniers (le Stadium était en travaux en raison de l’explosion d’AZF, NDLR). Il y avait une dynamique extraordinaire qui a généré des résultats sportifs grâce à la passion. Cette période-là nous a amenés à avoir des émotions d’une intensité extraordinaire, comme la réception de Liverpool ou le match contre Bordeaux. Puis il y a eu une période plus stable, qui correspond au fait que mes enfants aient grandi, comme mon entreprise. Puis il y a eu une période mauvaise, ces cinq-six dernières années. L’entrepreneur que je suis ressentait une passion moins grande, a cherché à déléguer… J’ai très vite senti ces dernières années que les paroles étaient forcées, que les actes étaient forcés."

Un pan d’histoire que le maire de Toulouse Jean-Luc Moudenc a lui aussi traversé. Au moment de "témoigner sa confiance et ses sentiments de bienvenue positifs au nouveau propriétaire", il s’est certainement souvenu qu’il a involontairement contribué aux petites histoires du club, en y laissant une cheville, le soir de la qualification en Ligue des champions, quand Issou Dao l’invita un peu trop fortement à prendre le bain du succès dans les vestiaires des joueurs. C’était l’époque de la passion. Celle qu’Olivier Sadran aurait toujours aimé connaître.


Comme un soulagement

Pour avoir passé presque 20 ans à la tête du TFC, l’homme à la chemise blanche ne s’est toutefois pas laissé gagner par l’émotion. Sur son visage, on devinait plutôt le sentiment du soulagement de partir, tout en laissant le club en vie : "J’avais de l’émotion quand j’ai croisé les salariés du club…" En grattant un peu, il lâchera quelques piques tout de même : "J’ai trouvé terrible la relation aux entraîneurs depuis 4-5 ans. Parce que, quelque part, ils ont le savoir et on ne peut rien leur dire, et ils enchaînent les conneries. Quand ça marche, ils sont intouchables, ils sont sur la Lune, et quand ça ne marche pas, c’est tout le monde a tort, sauf eux".

Mais on sent bien que l’homme n’a plus envie de batailler. Le reverra-t-on au Stadium ? Pas sûr : "Je m’autoriserai à venir voir des matchs. Mais trop souvent, les gens partent en restant, et c’est une source d’erreur. Je l’ai commise de manière forte et mal appropriée ces quatre dernières années."

Une heure plus tard, il a quitté la salle. Accompagné de Damien Comolli. Et toujours le sac à dos sur l’épaule…

 

Sadran : "Le TFC va très vite remonter en Ligue 1"

Et maintenant le nouveau TFC. À l’heure du passage de relais, Olivier Sadran s’est voulu rassurant sur le futur du club : "Je n’ai pas l’impression que je pars comme un voleur. J’ai le sentiment que des choses n’ont pas été bien faites, mais j’ai le sentiment aussi qu’il y a un socle solide. Plus solide que ce qu’il n’a jamais été dans la durée à Toulouse... Le TFC de Damien Comolli va très vite remonter en Ligue 1. Vous ne pouvez pas savoir comment je me sens heureux d’avoir le sentiment que Damien Comolli est le meilleur président. J’aurais préféré passer le relais en étant en Ligue 1 mais j’ai tellement le sentiment que c’est le bon partenaire, le bon projet."

De son propre aveu, Olivier Sadran a eu des contacts avec beaucoup d’acheteurs potentiels. Mais c’est le projet de RedBird qui lui a semblé le plus proche de ses aspirations : "Personne n’a représenté la continuité de l’esprit TFC dans les quartiers, dans la formation, parmi les intéressés. Avec RedBird, j’ai eu des discussions avec des gens compétents en termes de business. J’ai retrouvé le sérieux qui est le mien."

Olivier Sadran a été convaincu par le discours de Damien Comolli qui a justifié le choix de se porter acquéreur du TFC autour de quatre critères : "l’attractivité et le dynamisme de la ville, le choix d’un partenaire local (Olivier Sadran), la qualité des infrastructures et le potentiel du club." Les deux hommes ont déjà beaucoup travaillé ensemble. Et là encore, Olivier Sadran a été séduit : "L’intelligence du sport de Damien Comolli, avec les DATA, est vraiment quelque chose qui nous manquait. On a fait trop de choix émotionnels, de choix trop rapides. Damien a amené ça et cela va bonifier le club." Une autre ère débute au TFC.